Enquête post-salon : Les achats responsables au coeur des nouveaux enjeux de la RSE

28 juin 2022

SUSTAINABLE PURCHASING AT THE HEART OF NEW CHALLENGES FACING CSR

 

Simple concept pour les uns, véritable prise de conscience pour les autres, la RSE est passée en quelques mois du statut de modèle émergent durable à celui d’engagement vers un nouveau capitalisme responsable. Les crises sanitaire, économique et internationale ont bousculé le calendrier stratégique des entreprises en confirmant, s’il en était encore besoin, la nécessaire et urgente contribution des entreprises aux enjeux de développement durable.

 

UN CHANGEMENT DE PARADIGME

Jusqu’avant la pandémie, en termes de changement social et environnemental, les consommateurs gourmands mais gavés de fast-fashion attendaient surtout et avant tout des actions de la part des décideurs politiques. Une crise sanitaire et un rapport du GIEC plus tard, c’en est fini des responsabilités rejetées sur autrui. Les consommateurs-acteurs ont appris. Conscients que le changement ne pourrait se faire sans eux, ils sont prêts à scruter à la loupe le comportement de chacune des entreprises. Des entreprises qui doivent désormais être irréprochables. Nécessaire et attendu, un changement de cap s’impose.

 

RSE, 3 LETTRES QUI EN DISENT LONG

Responsabilité Sociale – ou sociétale – des Entreprises, la RSE est une démarche volontaire et réfléchie d’entreprises décidées à intégrer pleinement, dans leurs activités, les préoccupations environnementales à fort impact écologique mais aussi les enjeux sociaux, économiques et éthiques. Des enjeux aujourd’hui prioritaires qui recouvrent les questions de gouvernance, des droits de l’Homme, de conditions de travail, de bonnes pratiques, ainsi que les questions relatives aux consommateurs, aux communautés et au développement local. Autant de domaines d’actions pertinents dans lesquels l’entreprise va pouvoir œuvrer pour définir ses priorités et agir.

 

POURQUOI S’ENGAGER ?

C’est en 2011 que la Commission Européenne choisit de définir la RSE comme la « responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société ». La mise en place d’une politique de RSE contribue aussi à renforcer les performances de son entreprise. C’est une démarche de progrès qui entraîne au préalable une remise en question globale des pratiques à tous les niveaux : management et dialogue social, communication et relations avec les clients, production, gestion des stocks, livraisons, … La finalité est évidemment de travailler avec efficacité et responsabilité. Et surtout en tenant compte en permanence des problèmes économiques, sociaux et environnementaux.

 

QUI … ?

Tous les acteurs de l’industrie textile, en suivant l’exemple d’entreprises à l’ambition écologique clairement affichée, peuvent aujourd’hui entreprendre cette démarche. Dans un contexte économique et social secoué par les doutes et les incertitudes, l’engagement responsable n’est plus une option. Selon une étude du Cabinet Deloitte, 73% des entreprises de mode ont un responsable RSE. Un bon début. Mais un début seulement : 40% se sont fixés des objectifs chiffrés. C’est dans le choix des matières premières qu’il reste un long chemin à parcourir : si 72% des marques recourent à des matières écoresponsables, 4% seulement les généralisent à plus de 50% des volumes.

 

… QUAND ?

L’engagement écoresponsable s’impose à condition que l’objectif environnemental ne nuise pas aux objectifs de rentabilité. Il s’impose à condition qu’il puisse répondre aux exigences des consommateurs parfois difficiles à cerner. Des consommateurs marqués par la pandémie, prêts à déconsommer pour reconsommer autrement : selon l’étude Zeno (1) menée sur 8000 consommateurs de 8 pays, 83% estiment qu’une entreprise ne devrait faire des profits qu’à condition d’avoir un impact positif sur la société. Quels qu’ils soient, éco-investis ou écosceptiques, les consommateurs ont bel et bien changé leur regard sur l’entreprise. A elle de changer maintenant, et de se réinventer pour ré-enchanter l’acte d’achat. Attendre aujourd’hui que la RSE devienne obligatoire est un leurre.

 

(1) Etude «Strenght of purpose» menée en 2020 sur 75 marques et auprès de 8000 consommateurs au Royaume-Uni, Canada, Etats-Unis, France, Chine, Inde, Singapour et Malaisie

 

COMMENT ?

Le diagnostic est le point de départ pour passer à l’action : pragmatisme et réalisme doivent permettre de fixer des objectifs de progrès pertinents et cohérents après avoir analysé les forces et les faiblesses de l’entreprise, hiérarchisé ses priorités, et défini sa raison d’être. La raison d’être représente en effet une étape importante dans la construction de l’entreprise responsable. Elle est issue de la loi PACTE (2019). Elle permet de donner le ‘cap RSE’ en poussant l’entreprise à se questionner réellement sur sa place au sein de la société. « Il s’agit de la contribution que l’entreprise souhaite apporter aux principaux enjeux sociaux, sociétaux, environnementaux et économiques de son domaine d’activité en impliquant ses principales parties prenantes. C’est un cap stratégique permettant d’orienter la façon dont l’entreprise entend faire évoluer son activité pour contribuer positivement à la société et pour certaines, devenir Sociétés à Mission », explique Maud Roggia, responsable marketing et développement au cabinet « Des Enjeux et des Hommes ».

 

FAIRE SES PREMIERS PAS : L’ISO 26000:2010

Publiée en 2010, cette norme diffère des autres normes ISO très connues. ISO 26000 ne contient aucune exigence, elle ne se prête donc à aucune certification. Consensus international rédigé après 5 années de négociations entre plus de 500 experts d’une centaine de pays, ISO 26000 offre un cadre avec des lignes directrices qui aident l’entreprise à traduire en actes concrets les principes de la RSE. ISO 26000 n’est pas uniquement un guide de bonnes pratiques. La norme est aussi appliquée pour évaluer l’engagement de l’entreprise en faveur du développement durable et sa performance globale. Véritable levier de croissance, la RSE n’est pas une alternative pour un monde meilleur et durable. Vecteur de rentabilité, elle est aujourd’hui incontournable pour répondre aux problématiques sociales, environnementales, éthiques. Mieux, elle valorise l’image de l’entreprise, lui donne accès à de nouveaux marchés et stimule l’innovation. En France, la RSE procure un gain de performance de l’ordre de 13% par rapport aux entreprises qui ne l’introduisent pas, en particulier quand elle relève de l’initiative volontaire et non de mesures contraignantes. (2)

 

(2) Etude France Stratégie menée sur 8500 entreprises françaises en 2016

 

Par Dominique Demoinet-Hoste – DLD Consultant pour Interfilière Paris